Chapalain Formes et Créatures de l’Ironie
Le secret de la construction, le secret de la structure. Dans ces créatures d’aluminium qui dialoguent sur la plage bat un cœur humain prodigieux; elles possèdent l’énergie primitive et créative de l’artiste forgeur, ce sont des formes suspendues et ironiquement légères dans l’espace, traversées par un courant métaphysique; leurs lueurs se projettent dans le ciel et dans la mer telles une aventure mystique et surréelle. Les animaux et les menhirs sont des armatures contemporaines réalisées par un Vulcain mythique qui, sortant des viscères de l’Etna, a voyagé dans le temps et dans l’espace jusqu’aux rivages de la Côte d’Azur. Les armatures de la renaissance, créées pour être portées par des hommes, sont des constructions dynamiques, qui unissent à leur valeur esthétique leur indispensable utilité. Les créations de Chapalain sont des œuvres d’ingénierie et d’assemblage complexes, ce sont des machines de guerre qui vivent dans l’humorisme pénétrant et décomplexé de l’artiste. Chapalain observe la vie à travers la loupe déformante de l’ironie. Les œuvres blindées disséminées sur la côte de France semblent provenir d’un univers parallèle, des reliques vivantes d’extraterrestres - ressemblant à des jouets impertinents - sur la planète desquelles, nous les humains, serions étudiés comme d’étranges phénomènes. L’utilisation de plaques métalliques alimente dans la conscience de l’homme une sensation de froid, rappelant des instruments de guerre et de mort, comme des engins blindés, mais l’extrême génie créatif de Chapalain adoucit la dureté des matériaux froids en les rendant humains et intimes, comme s’ils participaient de notre existence joyeuse, un message de paix dans cette époque d’inguérissable soif de guerre. Julio Gonzales, le grand artiste espagnol qui a passé une grande partie de sa vie à Paris, avait appris à modeler le fer et la soudure autogène en travaillant dans les usines Renault au début du 20ème siècle, avant la première guerre mondiale; cet artiste catalan utilisait les lames de fer pour lancer au monde son message de paix, le fer qui était utilisé pour fabriquer les canons, devenait dans ses mains une pure fantaisie et transmettait la jouissance de ses sculptures. Dans les « Hommes Cactus » et dans les autres œuvres de Gonzales tels que la « Femme qui se coiffe » de 1932, œuvres abstraites mais en fait naturalistes dans leur essence profonde, on perçoit un langage différent de celui de Chapalain, mais Emmanuel Chapalain est, à mon avis, aussi incisif et révolutionnaire car, tout comme Gonzales, il exprime, venant du labyrinthe de sa solitude et de sa recherche continue, le doute et le désir d’étonner et de baptiser de nouvelles formes de vie, naissant de la créativité nerveuse qui appartient à l’âme des deux artistes; la création en tant que telle, sans se préoccuper du lendemain, appartient à l’humilité et au génie de l’envol de ces hommes libres. Mon regard se perd en cherchant les reflets des étoiles sur les surfaces lisses de la forme parfaite de l’œuf de Chapalain qui est tombé du ciel comme un astronef, comme un char de feu, l’œuf des origines d’où tout est né et où tout est contenu, Macrocosme et Microcosme d’une émotion toujours renouvelée.
Ecrit par Giuseppe Ussani d’Escobar Commissaire d’exposition
Expo du 12/06/2011 au 15/09/2011 : Mas d'Estel RN98
83370 Saint-Aygulf - 06 50 09 40 50 - http://www.lemasdestel.fr/
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